IntroductionLa colchicine est recommandée pour le traitement des accès aigus microcristallins (goutte et rhumatisme à pyrophosphate de calcium) mais les comorbidités associées à ces pathologies peuvent limiter son utilisation. L’insuffisance rénale chronique (IRC) est fréquemment associée à ces rhumatismes microcristallins, avec une prévalence de la goutte multipliée par cinq chez les patients ayant un débit de filtration glomérulaire (DFG) < 60 ml/min/1,73 m2 comparativement aux patients sans maladie rénale. La colchicine étant excrétée par voie rénale, son emploi chez les patients atteints d’IRC n’est pas recommandé. Cependant, devant le manque d’alternatives, elle est régulièrement utilisée en pratique courante avec un risque accru de toxicité.L’objectif était d’analyser les modalités de prescription, la tolérance et l’efficacité de la colchicine dans le traitement des accès aigus microcristallins chez les patients atteints d’IRC sévère.Matériels et méthodesTous les accès aigus microcristallins traités par colchicine chez des patients atteints d’IRC sévère ou dialysés hospitalisés dans quatre centres français ont été recensés rétrospectivement de janvier 2015 à décembre 2024. Les données ont été extraites des dossiers médicaux. Les modalités d’emploi de la colchicine ont été analysées. La tolérance du traitement a été étudiée par le suivi biologique et les effets indésirables rapportés dans les dossiers médicaux. L’efficacité du traitement a été évaluée à l’aide d’un critère composite associant l’efficacité jugée par l’équipe médicale et la diminution du taux de protéine C-réactive (CRP) comparativement à sa valeur à l’initiation du traitement.RésultatsParmi 159 hospitalisations, 157 patients (101 hommes ; âge médian : 80 ans) ayant reçu de la colchicine ont été inclus dans l’analyse. Le DFG médian était de 23 mL/min/1,73 m2, avec 133 patients IRC stade 4 et 26 patients IRC stade 5, incluant 21 patients dialysés et treize greffés rénaux. La posologie initiale de colchicine était ≤ 0,5 mg/jour dans chez 86 cas (54 %) et ≥ 1 mg/jour dans chez 72 cas (46 %). Aucune Le dosagee n’a pas excédé 1 mg/jour, sauf chez deux patients. Les effets indésirables signalés incluaient neuf cas d’insuffisance rénale aiguë, une hépatite aiguë et trois cas de surdosage d’antivitamines K sans complication hémorragique. La colchicine a été considérée efficace chez 120 cas (85 %).DiscussionNotre étude souligne que, malgré des contre-indications théoriques, la colchicine reste couramment utilisée en pratique clinique pour traiter les accès aigus microcristallins dans cette population à risque, en particulier au vu des limites des autres traitements (AINS contre-indiqués, corticoïdes à risque métabolique, anti-IL1 coûteux et difficilement accessibles). Nos résultats montrent qu’un dosage réduit (≤ 0,5 mg/jour) permet une tolérance acceptable et une efficacité satisfaisante et est aussi efficace que 1 mg/jour.ConclusionAvec une réduction de la posologie associée à une surveillance étroite, la colchicine peut rester une option thérapeutique pour le traitement d’accès aigu microcristallinen cas d’insuffisance rénale sévère.