IntroductionLes biomédicaments (bDMARD) ont transformé la prise en charge de la polyarthrite rhumatoïde (PR) en permettant d’atteindre plus fréquemment la rémission. Cependant, aucun marqueur ne permet actuellement de prédire la réponse à ces traitements.ObjectifsÉvaluer l’association entre la survenue d’une neutropénie suite à l’introduction du biomédicament et (i) la réponse clinique, en termes d’amplitude et de rapidité d’obtention, définie à partir du DAS28-CRP, (ii) la rémission selon la satisfaction ou non des critères booléens à 3 variables (nombre d’articulations douloureuses, gonflées et CRP), et (iii) le maintien thérapeutique, chez des patients atteints de PR traités par bDMARDs.Patients et méthodesÉtude cas-témoins, rétrospective, monocentrique, menée sur la période 2000–2024. Les cas de neutropénie apparues après initiation du biomédicament ont été identifiés via l’entrepôt de données de santé de l’établissement et appariés à autant de témoins selon l’âge, le sexe et la molécule reçue. Les critères d’évaluation incluaient la réponse clinique, le degré de rémission ainsi que le maintien thérapeutique à 3 temps (6, 12 et 24 mois). Les données démographiques, cliniques et thérapeutiques ont été collectées dans les dossiers médicaux ainsi que la survenue des épisodes infectieux, notamment sévères, en fonction du grade de la neutropénie. Des modèles de régression logistique univarié et multivarié ont été construits pour évaluer l’impact des différentes variables sur la satisfaction ou non des critères booléens.RésultatsUn total de 70 cas [(âge médian : 60 ans ; 52 femmes) de PR avérée (durée médiane de la maladie de 7 ans, anti-CCP + 75 %, érosive (60 %)] avec la survenue d’une neutropénie ont été identifiés. Le tocilizumab (41 %), l’etanercept (16 %), et le sarilumab (14 %) étaient les principales molécules en cause. Cette survenue précoce d’une neutropénie était associée à une probabilité accrue de rémission à 6 mois (OR univariée 2,90 [1,34–6,11],p = 0,006 ; OR multivariée 3,98 [1,52–11,1],p = 0,005) et à une réduction plus importante du DAS28-CRP (2,12 vs 3,15) (p = 0,016) à 6 mois (Fig. 1). Cette différence s’atténuait à 12 mois. Aucune différence significative sur le maintien thérapeutique à 12 et 24 mois n’a été mise en évidence entre les deux groupes, ni de relation entre la profondeur de la neutropénie et le degré de rémission. On ne retrouvait pas d’augmentation des infections sévères dans le groupe neutropénie, quelle qu’en soit son grade.ConclusionDans une approche théranostique, l’apparition rapide d’une neutropénie sous bDMARD pourrait représenter un marqueur précoce à la fois en termes d’amplitude et de délai d’obtention d’une bonne réponse clinique à court terme.